Au premier abord, cela peut surprendre : le Bouddha n’était pas bouddhiste.
Siddhartha Gautama ne s’est jamais défini ainsi. Le terme « bouddhiste », tel que nous l’utilisons aujourd’hui en Occident, est apparu bien des siècles plus tard.
Après son éveil, Siddhartha Gautama, qui sera connu sous le nom de Bouddha Shakyamuni, ne s’est pas engagé dans la création d’une nouvelle religion au sens où nous pourrions l’entendre aujourd’hui.
Selon les textes anciens, il hésita même dans un premier temps à enseigner, considérant que ce qu’il venait de réaliser serait difficile à comprendre.
Puis il transmit.
Il parla de la souffrance, de ses causes, de la possibilité de s’en libérer et du chemin permettant d’y parvenir.
Un enseignement profondément lié à l’expérience humaine.
Dans la tradition tibétaine, le pratiquant est appelé nangpa : celui qui regarde vers l’intérieur.
Ce mot est révélateur.
Car il ne nous renvoie pas d’abord à une étiquette ou à une appartenance. Il indique une direction : celle du regard.
Plutôt que de chercher constamment à l’extérieur la vérité sur soi-même, le regard se tourne vers l’intérieur, vers son propre esprit.

Nous avons naturellement besoin de mots pour désigner les choses, nous repérer et communiquer.
Mais parfois, les mots deviennent des étiquettes.
Et les étiquettes peuvent progressivement enfermer une personne dans tout un ensemble d’idées, de concepts et de projections.
Dire de quelqu’un qu’il est bouddhiste, spirituel, sensible, fort, fragile, thérapeute, dirigeant, introverti ou extraverti fait immédiatement apparaître dans notre esprit certaines représentations.
Mais ces représentations disent-elles réellement qui est cette personne ?
Ou parlent-elles aussi de ce que nous projetons sur elle à partir du mot que nous venons de lui attribuer ?
Cela vaut également pour les étiquettes que nous nous donnons à nous-mêmes.
« Je suis comme cela. »
« Je ne suis pas capable de cela. »
« J’ai toujours été ainsi. »
« Ce n’est pas moi. »
À force de répéter certaines définitions de nous-mêmes, nous pouvons finir par les considérer comme des vérités.
Une expérience devient une identité.
Une difficulté devient une manière de se définir.
Un regard posé sur nous devient parfois une croyance sur ce que nous sommes.
Et nous pouvons alors chercher à l’extérieur des confirmations de cette représentation : dans le regard des autres, leurs réactions, leurs attentes, leurs jugements ou leurs projections.
Nous cherchons parfois la vérité sur nous-mêmes précisément là où elle risque d’être déformée.

Tourner le regard vers l’intérieur ne signifie pourtant pas considérer automatiquement comme vrai tout ce qui apparaît en nous.
Nos pensées, nos peurs, nos croyances et nos conditionnements peuvent eux aussi produire leurs propres projections.
Regarder vers l’intérieur demande donc autre chose.
Cela demande d’apprendre à voir.
À distinguer une pensée d’une réalité.
Une projection d’un ressenti profond.
Une identité construite de ce qui demeure plus essentiel en soi.
C’est ici que le discernement prend tout son sens.
Il ne s’agit pas de rejeter toutes les étiquettes. Certaines sont utiles pour communiquer, nous situer ou décrire momentanément une réalité.
Mais aucune ne peut contenir entièrement une personne.
Un mot peut désigner quelque chose de nous.
Il ne dit jamais tout de ce que nous sommes.

Peut-être pouvons-nous alors nous poser une question simple :
Où est-ce que je cherche aujourd’hui la vérité sur moi-même ?
Dans ce que les autres pensent de moi ?
Dans les rôles que j’occupe ?
Dans ce que j’ai vécu ?
Dans les définitions que je me suis données au fil des années ?
Ou suis-je encore capable de regarder au-delà de ces représentations pour rencontrer plus directement ce qui est vivant en moi ?
Voir au-delà des étiquettes ne signifie pas perdre ses repères.
Cela peut simplement permettre de ne plus confondre le repère avec la réalité.
Et peut-être commencer à se rencontrer autrement.
Nathalie Dupont
Messagère de l’âme — fondatrice de l’Axe de Vie®